PeaBoost
AccueilPeaBoostPea4EverRésultatsActualitésRessourcesContact

Stress hydrique : pourquoi le programme Pea4Ever évalue le pois protéagineux au Maroc

Stress hydrique : pourquoi le programme Pea4Ever évalue le pois protéagineux au Maroc

Depuis 2026, une partie des évaluations du programme Pea4Ever se déroule à plus de 2 000 kilomètres des parcelles françaises, sur la plateforme PHENO-MA de l'UM6P à Ben Guerir. Un choix qui répond à une contrainte bien identifiée : pour sélectionner des pois plus résistants à la sécheresse, il faut d'abord être capable de mesurer précisément comment chaque génotype réagit au manque d'eau.

Un verrou : le stress hydrique pendant la floraison

Le pois protéagineux est particulièrement sensible aux déficits en eau qui surviennent au moment de la floraison et du remplissage des grains. C'est à ce stade que se joue une large part du rendement, et c'est aussi à cette période que les épisodes de sécheresse et de forte chaleur se sont multipliés ces dernières années.

Améliorer la résilience climatique de l'espèce fait partie des six axes du programme Pea4Ever. Mais avant de pouvoir sélectionner sur ce critère, il faut disposer des capacités d'évaluation correspondantes. C'est précisément l'objet de la phase d'amorçage du programme : construire les protocoles, les dispositifs et les jeux de données qui rendront la sélection possible.

Pourquoi le Maroc ?

Un climat qui permet de maîtriser le stress appliqué

En France, conduire un essai de sécheresse reste difficile : une pluie non prévue au mauvais moment suffit à effacer le contraste entre les modalités testées, et les conditions varient fortement d'une année sur l'autre. Le résultat est difficilement reproductible.

Le climat semi-aride de Ben Guerir offre l'inverse : sur la période de culture, l'eau apportée aux plantes est très majoritairement celle décidée par l'expérimentateur. Il devient alors possible d'imposer un déficit hydrique calibré, au stade voulu, et de comparer les génotypes entre eux dans des conditions maîtrisées et répétables.

Un dispositif lysimétrique qui mesure la consommation en eau

La plateforme PHENO-MA repose sur un système lysimétrique, c'est-à-dire un dispositif où chaque plante ou groupe de plantes est cultivé dans un contenant pesé en continu. Chaque variation de poids traduit la quantité d'eau consommée.

Cette mesure est déterminante. Elle permet de dépasser le simple constat d'un rendement dégradé pour accéder aux mécanismes : quelle quantité d'eau la plante a-t-elle utilisée, à quel moment, et avec quelle efficacité l'a-t-elle convertie en biomasse puis en grain. Aucun essai au champ classique ne donne accès à ce niveau de détail.

Jeunes plantes de pois dans un conteneur lysimétrique de la plateforme PHENO-MA
Rangées de lysimètres plantés en pois sur la plateforme PHENO-MA de l'UM6P à Ben Guerir
Essai pois en cours de floraison sur le dispositif lysimétrique de Ben Guerir

Un phénotypage haut débit déjà opérationnel

À la mesure de l'eau s'ajoute le phénotypage haut débit, c'est-à-dire la caractérisation automatisée et répétée du comportement des plantes au cours du cycle, par imagerie. Ce suivi permet d'observer finement la dynamique de chaque génotype : vitesse de couverture du sol, sénescence, réaction au stress au fil des jours.

L'analyse de ces images est assurée par Hiphen, partenaire du programme, qui réalise déjà l'extraction des traits pour la plateforme de l'UM6P. Cette continuité entre le dispositif marocain et les autres travaux de phénotypage de Pea4Ever constitue un avantage opérationnel réel.

Florian Barthès s'est rendu sur place fin avril 2026 pour suivre l'avancement de l'essai en cours, qui vise à identifier les profils de pois de printemps les plus adaptés aux conditions de stress hydrique pendant la floraison.

Un maillon dans un dispositif plus large

Les évaluations conduites au Maroc ne remplacent pas les essais français : elles les complètent. Le programme construit en parallèle une plateforme expérimentale en sol superficiel avec Terres Inovia, sur une parcelle caractérisée avec précision, et mobilisera la plateforme 4PMI d'INRAE.

Chaque dispositif répond à une question différente. Les lysimètres marocains apportent la précision de la mesure et la maîtrise du stress. La plateforme en sol superficiel apporte la réalité agronomique française. Les installations d'INRAE permettent l'étude des mécanismes en conditions contrôlées.

L'ensemble converge vers un même objectif : implémenter en pois une approche de « physiological breeding », c'est-à-dire une sélection fondée sur la compréhension des mécanismes physiologiques de réponse au stress. Cette démarche a fait ses preuves en blé pour améliorer à la fois le potentiel de rendement et la résilience face aux stress thermiques et hydriques. Elle reste largement à construire sur le pois et, plus largement, sur les légumineuses.

Et ensuite ?

Les évaluations se poursuivent en 2026 et 2027 sur les parents des croisements du programme. Les enseignements tirés orienteront les futurs choix de sélection et alimenteront les travaux prévus dans les projets ultérieurs de Pea4Ever, notamment une thèse consacrée à cette approche.

Il ne s'agit pas encore de variétés, mais de la capacité à les sélectionner demain sur un critère qui, jusqu'ici, échappait largement aux outils disponibles. C'est un levier essentiel pour l'avenir de la culture du pois et, avec elle, pour l'autonomie protéique française et européenne.

PeaBoost et Pea4Ever à l'ILS5 : le pois protéagineux au cœur des échanges scientifiques internationaux

PeaBoost et Pea4Ever à l'ILS5 : le pois protéagineux au cœur des échanges scientifiques internationaux

12 juin 2026

lire l'article
Visite des serres de sélection dans le Nord : RAGT2n à Annœullin et Florimond Desprez à La Cappelle

Visite des serres de sélection dans le Nord : RAGT2n à Annœullin et Florimond Desprez à La Cappelle

9 février 2026

lire l'article